« Le GNL : économique et flexible dans l’approvisionnement »

28/05/2015

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Laurent Vivier, directeur Gaz au sein de la direction Gaz de Total, présente les atouts du gaz naturel liquéfié et dévoile la stratégie du Groupe dans le secteur pour les prochaines années. 


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Laurent Vivier, directeur Gaz au sein 
de la direction Gaz de Total

Quels sont les avantages du Gaz Naturel Liquéfié (GNL) ?

Le GNL a deux grands intérêts. Il permet de transporter du gaz sur de très longues distances. Ainsi, quand les ressources sont éloignées du point de consommation, la seule solution est de liquéfier du gaz à - 160 °C, de le transporter dans des navires et de le livrer dans des terminaux pour le regazéifier, plutôt que de construire des tuyaux sur des dizaines de milliers de kilomètres. Deuxième avantage, sa flexibilité en termes de destinations. Nous pouvons réorienter des navires en fonction des demandes sur l’ensemble de la planète et ainsi faire face aux périodes de pointe, ce qui est impossible pour les gazoducs. Ce fut le cas, par exemple, après l’accident de Fukushima et l’arrêt de l’ensemble du parc nucléaire qui en a résulté, où le Japon a fortement dépendu des flux de GNL pour satisfaire ses besoins en électricité.

Ces dernières années, de nouveaux usages du GNL sont-ils apparus ?

Oui. Nous voyons actuellement se développer l’utilisation du GNL dans les transports maritimes, en particulier pour les navires, tels que les ferrys, qui sont sur des routes commerciales où les contraintes réglementaires pour limiter les émissions de particules sont de plus en plus fortes. En outre, à terre, on estime que début 2015, environ 140 000 véhicules au GNL circulaient en Chine (soit environ 6 % d’un parc de 2,3 millions de véhicules au gaz naturel). On observe aussi ce phénomène aux États-Unis, cette fois pour des motifs économiques, grâce à la révolution du gaz de schiste, qui a fait chuter les prix par rapport au pétrole.

Quelle est la place du GNL dans la production du groupe Total ?

Total a été précurseur dans le GNL, en contribuant par exemple à lancer dans les années 1970 l’usine de liquéfaction de Bontang, en Indonésie, l’une des premières à avoir approvisionné le Japon. Une usine qui continue de fonctionner. Aujourd’hui, Total est impliqué sur l’ensemble de la chaîne GNL. Nous sommes un producteur mondial avec des participations dans 10 usines au Moyen-Orient, en Asie, en Europe ou encore en Afrique. Nous commercialisons également ces flux de GNL et nous avons des participations dans des terminaux de regazéification en Inde et en Europe.

Cela n’est pas forcément connu du grand public, mais aujourd’hui, le groupe Total est autant gazier que pétrolier. Le seul GNL représente 20 % de notre production d’hydrocarbures, et environ 30 % de nos résultats Amont, ce qui nous positionne comme le deuxième grand acteur mondial intégré du secteur.

Selon vous, le poids du GNL dans le mix énergétique va-t-il croître dans les années à venir ?

Oui, l’Asie, dont la demande en GNL va doubler d’ici 2030, va tirer le marché mondial. Alors que nous prévoyons une hausse de la demande de gaz de 2 % par an, celle du GNL devrait être deux fois plus rapide ! Le potentiel est colossal, car c’est le GNL qui permettra de fonder un marché du gaz plus global et flexible en créant des flux entre des marchés encore régionaux. Sa croissance reste pourtant liée à celle du gaz et à la demande pour les besoins résidentiels, industriels ou pour de la génération électrique.

C’est pourquoi vous investissez massivement aujourd’hui sur le GNL ?

Oui, nous avons actuellement deux projets en Australie : un projet offshore complexe baptisé « Ichthys », qui prévoit le développement de multiples puits sous-marins et qui sera relié par un gazoduc de 900 km à une immense usine de liquéfaction située à Darwin ; et Gladstone LNG (GLNG), un projet de production de GNL à partir de l’extraction de gaz de houille, qui sera en production dans quelques mois. Sans oublier bien sûr Yamal LNG, en Russie, l'un des projets industriels les plus importants dans le domaine du GNL. Là, le coût de construction des installations dans cette zone se chiffre en dizaines de milliards de dollars. Il sera implanté onshore dans l'estuaire de l'Ob, pris par les glaces neuf mois par an, et montre que nous sommes désormais capables de produire et de transporter du GNL par grand froid, avec des technologies hautement performantes.

Interview réalisée en partenariat avec La Tribune

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