Au cœur de la machine - Immersion dans un site de raffinage et de pétrochimie

04/12/2018

Au coeur de la machine

Immersion dans un site
de raffinage et de pétrochimie

Joss et Erwann ont passé trois jours et trois nuits sur la plateforme de Feyzin, un site de raffinage et de pétrochimie du groupe Total, près de Lyon. Leur but : visiter le lieu, découvrir des métiers peu connus et en faire un recueil original entre journal de bord et reportage bande dessinée ou illustré.

Introduction

Allez hop ! c'est parti.

Dimanche
2 juillet

Je regarde mon billet de train, encore une fois. Départ 17h09, il ne faut pas que je tarde. D'autant que j'avais bien confirmé à Erwann que l'on se retrouverait 15 minutes plus tôt… Un dernier « check » de l'appli Météo France sur mon téléphone, il va faire chaud. J'échange le pull – pris au cas où – par un sixième T-shirt. Plus prudent, il semblerait que l'on ait très chaud sous une combinaison de travail, au cœur de La Machine...

Dès notre arrivée, nous sommes accueillis par Georges, le boss du site : « J'ai vu votre programme les amis, vous n'allez pas chômer, croyez-moi ! »
Carte du site de raffinage et de pétrochimie
Alors sur le papier, ça ressemble à ça. Mais en fait, que fait-on exactement dans un site de raffinage et de pétrochimie ?
Le pétrole arrive brut. Quand on le raffine, on dissocie ses différentes composantes pour le transformer en « carburants » de toutes sortes : kérosène, fiouls, bitumes, GPL, carburants automobiles, etc.
Du raffinage, on sort aussi du naphta, matière première de la pétrochimie. Lui, on le chauffe à bloc (800 °C) et on en tire plein de produits aux noms bizarres (éthylène, propylène, butadiène, etc.) qui servent à créer d'autres produits aux noms encore plus bizarres (polyéthylène, polypropylène, etc.) qui servent eux-mêmes à faire du plastique.
C'est plus clair maintenant ?
Minute papillon, faut d'abord passer par la case sécurité

La sécurité, c'est du lourd...

La combinaisonLa combinaison
Le casque, les lunettes et les protections auditivesLe casque,
les lunettes
et les protections
auditives
Les chaussures de sécuritéLes chaussures
de sécurité
Le masque d'évacuationle masque
d'évacuation
Les gantsLes gants
En clair, ça fait un sacré équipement...

Lorsque l'on s'approche de la barrière de sécurité, on a d'abord ce sentiment d'être tout petit… On aperçoit déjà La Bête, une immensité de tuyaux, de ferraille, qui semble vibrer et s'époumoner au loin. Ce qui m'impressionne le plus, c'est le sentiment que cette machine vit toute seule. Tout semble tellement désert vu d'ici.

Le garde s'approche, il va falloir montrer patte blanche. J'espère que l'on est bien sur la liste des « invités en immersion » ! Une guest list ? C'est un peu comme l'entrée d'un club ici. Sauf que là, c'est plutôt chaussures de sécu obligatoires ! Hâte d'aller voir ça de plus près…

Le détecteur gaz est un objet très important. On doit toujours l'avoir sur soi, un peu comme son smartphone, sauf que sur le site on ne doit pas avoir de smartphone (#tristesse). En fait, ça ressemble plus à un gros chronomètre jaune.
À quoi ça sert ? Il nous renseigne sur l'éventuelle présence d'H₂S, gaz potentiellement mortel, et sur le danger d'explosion, en mesurant la concentration de gaz combustible présent dans l'air. En gros, s'il sonne, il faut s'inquiéter et se mettre en zone de sécurité assez rapidement… Ok, TRÈS rapidement ! Bref, pendant tout le séjour, nous étions autant accrochés à notre « explosimètre » (moi je préfère l'appeler comme ça !) que lui à notre poche de combi.
Le détecteur gaz
Si jamais il sonne, vous regardez bien les manches à air, et vous partez vite perpendiculairement au sens du ventPersonnages détecteur gazCompris les garçons ?
Ah, j'oubliais, un dernier conseil : il faut bien penser à l'éteindre – lorsque l'on n'est plus sur le site – parce que si les piles se déchargent, il sonne de la même manière. Autant vous dire que ma deuxième nuit d'hôtel a été légèrement angoissante. J'étais à deux doigts de faire évacuer tout le monde à trois heures du matin, pensant que mon « explosimètre » m'alertait d'une fuite de gaz !
Et du savoir-faire
Riquet

La caserne des pompiers

« Fier comme un pompier » c'est l'adage que l'on pourra retenir de ces quelques heures passées auprès de ces grands costauds aux casques dorés !
Ils nous attendaient de pied ferme pour nous montrer un maximum de choses et nous former.
« Quoi ? Vous ne savez pas vous servir d'un extincteur ? »
« Mais non, celui-là c'est pour les incendies électriques ! »
« Il ne faut pas tirer, mais tourner la goupille. »
Et hop, ni une ni deux, nous voilà dans le camion, en route pour le terrain d'entraînement.
Le « vis ma vie » de pompier peut commencer. Ça y est, Erwann et moi sommes comme des petits garçons de huit ans avec des casques sur la tête, on fait retentir la sirène du camion !

Évidemment, j'aurais dû m'en douter, c'est beaucoup plus simple de les avoir sous la main en cas d'accident. Ils connaissent bien les types de combustibles et de gaz qui circulent ici, et ça, ça peut aider !
Et puis, un peu comme avec nous aujourd'hui, ils forment tout le personnel aux gestes de premiers secours et à la lutte anti-feux… Dernier détail : ils sont là 24 heures sur 24 et peuvent donc intervenir à tout moment. Me voilà rassuré pour la suite du séjour.

La torche

La torche

La torche, c'est le truc fascinant : à la fois attirant car très très grand (on dirait un peu la tour Eiffel) et en même temps légèrement angoissant avec une grande flamme et une fumée impressionnantes qui en sortent parfois.

Mais en fait, ça sert à quoi cette fameuse torche ?
Quand il y a un arrêt d'unité, les gaz qui ne peuvent pas être stockés (là, ce serait vraiment dangereux) ni être lâchés dans la nature comme ça (les voisins ne seraient pas franchement ravis) sont brûlés. Elle sert donc de soupape de sécurité.
Les gaz en question sont des hydrocarbures légers. Mais si voyons, ceux de la famille des -ane : méthane, éthane, propane, butane, etc. En gros, le gaz de ville qui, accessoirement, n'émet pas de fumée toxique en brûlant.

En fait, la torche c'est un peu un camping-gaz géant. C'est nécessaire, pratique et pas toxique mais tout de même à manier avec précaution !

« Comme dans star wars... »

Raffinage : du brut au doux

Salle de contrôle
son petit nom : tripode

Quand on entre dans une salle de contrôle, on le sent et surtout on l'entend tout de suite parce qu'elle est « blast proof ». C'est-à-dire qu'il y a un énorme sas très lourd à l'entrée et que c'est entièrement pressurisé… Ça fait clairement l'effet de rentrer dans un sous-marin.
En effet, ces bâtiments doivent résister aux explosions et peuvent se mettre en mode « sous-marin » en cas d'accident pour être complètement isolés de l'extérieur.
Quand on arrive dans la grande salle de contrôle, c'est plus l'effet « vaisseau spatial style Star Wars » qui se fait ressentir ! Imaginez une énorme console avec plein d'écrans allumés qui clignotent. Une dizaine de personnes concentrées mais détendues nous accueillent gentiment. La règle quand on entre c'est de serrer la main de tout le monde. Ça en fait des mains à serrer !

Alors la vraie question c'est : qu'est-ce que l'on contrôle dans une salle de contrôle ?

On contrôle tous les flux du pétrole et toutes les différentes opérations appliquées au produit brut qui rentre.
Chaque tuyau, chaque opération, chaque vanne, chaque quantité de produit, chaque température ou pression de gaz sont ainsi contrôlés et régulés. Ce dédale de tuyaux à l'extérieur est donc entièrement « sous contrôle ». Et quand je dis « sous contrôle », c'est 24 heures sur 24 avec des équipes qui enchaînent les 3/8 pour qu'elle ne s'arrête jamais ! On ne rigole pas avec La Machine !
À voir, c'est absolument fascinant.

C'est le même métier qu'Homer Simpson au final.
« C'est le même métier qu'Homer Simpson au final. »
Ce qui est encore plus fascinant, c'est que la quantité et la nature des produits qui sortent sont corrélées à la demande « extérieure » en temps réel. C'est comme si la plateforme était « pluggée » à un réseau beaucoup plus vaste : le marché.
« Il faut que l'on sorte moins de kérosène mais plus de naphta pour la pétro parce que la demande est forte en ce moment… Hop, on réajuste les taux maintenant ! »
Voyage au centre de la raff'

« Les gars, vous aviez déjà chaud dans vos combis ? Attendez, vous ne pouvez pas repartir sans avoir vu un four ! »
N.B. : nous sommes le 3 juillet, il fait environ 35 °C au soleil et minimum 50 °C sous ma combi. Et j'en suis à mon deuxième T-shirt de la journée.
« J'espère que vous n'avez pas le vertige, hein ? Il va falloir grimper un peu... »

Et nous voilà avec Stéphane, technicien Combustion et énergie, à arpenter le site dans sa longueur, sous une chaleur de bête, pour nous retrouver au pied du grand four.
Le contraste avec la salle de contrôle est saisissant : pas une âme qui vive ici mais un boucan d'enfer.
Une immense échelle nous nargue. Il va donc falloir ne pas trop regarder en bas. Je jette un coup d'oeil à mes chaussures de sécurité taille 44 et me demande comment ces grands pieds vont tenir sur d'aussi petits barreaux...

Voyage au centre de la raffinerie

Après quelques efforts, et frayeurs pour certains, nous voilà sur une petite plateforme qui surplombe le site. C'est très impressionnant. La chaleur quant à elle est montée d'un cran. Je sue à grosses gouttes et contemple la vue, les jambes encore un peu chancelantes. Erwann sort déjà son carnet de sa poche.
Côté four, Stéphane ouvre un petit hublot. C'est par là que l'on peut voir à l'intérieur du four, en faisant bien attention de ne pas regarder de face.
Je me penche pour regarder l’immense foyer. Un feu incandescent semble vouloir tout brûler. Il dégage une puissance infernale et une chaleur insoutenable (plus de 800 °C).
Ça y est, j’ai vu le feu sacré. Le cœur du raffinage.

« Vous devriez aller voir le four, c'est le cœur de la raff. »
Stéphane vérifie la composition de fumée à l'aide d'un analyseur portatif qui mesure les émissions de SO₂, NO₂, CO₂ et la teneur en oxygène.
Le four
Le four que l'on a vu est celui de la distillation atmosphérique, la toute première étape du raffinage. C'est une immense colonne dans laquelle on envoie le pétrole brut chauffé autour de 370 °C pour le fractionner en différents produits (gaz ou liquides), qui seront ensuite envoyés aux autres unités.
Vital

Pétrochimie : gros craquage

La tour de contrôle
« INFERNALE »
son petit nom : Le cube

En arrivant au Cube, j'ai vraiment l'impression de voir le parfait jumeau de Tripode. Les mêmes énormes consoles, les mêmes dizaines d'écrans, la même ambiance Star Wars. Et bien sûr, le même rituel « serrage de mains » dès que l'on entre.
Cette fois, c'est Vital, avec son très léger accent alsacien, qui nous prend en charge et se donne pour mission de nous faire tout comprendre de la pétrochimie. Tâche difficile, s'il en est.

Avec un calme olympien, il enchaîne :
« Là, on essaie d'obtenir un maximum d'éthylène. »
« Le B305, ici sur mon écran, c'est une boîte froide qui descend tout de même à - 160 °C. »
« Ensuite, on fractionne les molécules pour donner du C₁ (méthane), entre autres. »
« La colonne C303, ici sur mon écran, elle fait 60 mètres de hauteur. »

Et ainsi de suite...

Vital, extrêmement loquace quand il s'agit de son métier, m'a un peu perdu en cours de route, je l'avoue... J'essaie de faire bonne figure et tente une diversion : « C'est à quelle heure la pause-déjeuner, déjà ? ».

(pour se repérer sur le terrain
et sur les écrans)

P = Pompe
B = Ballon
K = Compresseur
T = Turbine
C = Colonne
E = Échangeur
La tour de contrôle
- Alors logiquement comment s'appellera la prochaine zone de fractionnement, sachant qu'on est sur du C₂ qui sort en tête ??
- EuH ...
- Dé-éthaniseur bien sûr ! Puisque deux atomes de carbone c'est de l'éthane !

Lost in canalisation

« Pas question de faire un chapitre sur la pétrochimie sans avoir vu le vapocraqueur. Allez, vous partez en tournée les gars ! »

Accompagnés de deux opérateurs, nous sommes projetés dans un vaste labyrinthe de tuyaux qui semblent se superposer par couches à l'infini et qui laissent à peine passer la lumière du jour.
On grimpe une échelle, on traverse une plateforme, on bifurque à droite puis à gauche et on continue tout droit, avant de grimper sur un autre escalier…

« ON N’EST PAS DÉJÀ PASSÉ ICI ? ÇA ME DIT
QUELQUE CHOSE… »

Pas une âme qui vive. Rien. De la fumée de temps à autre, c'est tout. Et des tuyaux enchevêtrés, encore et toujours. Il ne me faut pas plus de dix minutes pour perdre définitivement tout sens de l'orientation.
Un bruit infernal cadence nos pas. Je n'entends absolument pas ce que me dit l'un de nos guides en me montrant du doigt une énorme machine. Je fais un signe de la tête pour faire croire que j'ai compris. La grande balade mécanique se poursuit... Et c'est après coup que je comprends avoir traversé le vapocraqueur sans m'en être rendu compte...
Dans les canalisations, j'ai perdu tous mes repères.

Le vapocraqueur est un ensemble d'éléments, dont d'énormes fours qui chauffent à plus de 800 °C en moins d'une seconde. De là sortent toutes les molécules de base de la pétrochimie.

Comme je l'expliquais au tout début, mais ça ne fait jamais de mal de le rappeler, c'est le naphta, gaz léger issu de la distillation atmosphérique (le raffinage), qui arrive dans le vapocraqueur. Dedans, on craque (j'adore ce mot !) de la molécule.
Craquer ? C'est casser des grosses molécules pour en faire des plus petites. On les casse en les chauffant. Plus elles sont cassées, c'est-à-dire isolées les unes des autres, plus on pourra faire des ré-assemblages de molécules particuliers. Et c'est comme ça qu'on fabrique ensuite des plastiques: polyéthylène, polypropylène, polyesters...
Alors ça y est ? On peut crâner tranquille maintenant ?

Et surtout le plus important c'est de ne jamaisChhhhhhhCompris ????Personnages

Une sacrée alchimie

La synergie, c'est la vie

Alors, c'est quoi exactement l'intérêt d'avoir le raffinage ET la pétrochimie sur un même site, me direz-vous ? Certes, les deux se ressemblent par bien des aspects : on part d'un produit, on le chauffe et on le transforme pour sortir une panoplie de produits commercialisables.
Mais il y a beaucoup de différences aussi, notamment sur la finalité de tous ces produits...
Mais si, souvenez-vous :

raffinage = carburants
pétrochimie = plastiques
... pour faire simple !

L'intérêt en fait c'est qu'il y a un vrai effet « vases communicants » entre les deux. Lorsque l'on raffine le pétrole brut, on sort forcément du naphta... matière première de la pétrochimie. Ça tombe bien, non ?
Côté pétrochimie, lorsque le naphta passe dans le vapocraqueur se crée nécessairement de l'hydrogène... Or, l'hydrogène est absolument nécessaire dans le processus du raffinage. Ah bah, c'est pas mal ça !
Du coup, il y a beaucoup d'échanges permanents entre ces deux cousins... Histoire de gagner du temps, de l'énergie et en somme d'être plus efficace !

Au réfectoire du CUBE

Une grande partie du site est consacrée au stockage. Mes mollets peuvent en témoigner, pour l'avoir parcourue en long, en large et en travers...
C'est là que transitent, parfois un certain temps, les différents produits avant d'être expédiés, les liquides dans des cuves et les gaz dans des sphères. Certains doivent être chauffés à une température définie, ou inversement être refroidis et parfois même remués lentement en permanence. Dans d'autres bacs, on effectue aussi les mélanges… Le stockage c'est un peu la mixologie du pétrole :

c’est là que l’on élabore
les meilleurs cocktails.

Les essences collection été – avec moins de substances très légères, donc explosives par temps chaud – et les collections hiver, différemment dosées pour ne pas geler dans les réservoirs.
Ainsi, malgré une apparence assez figée, il s'en passe des choses au stockage !
Il y a des dizaines de cuves et sphères alignées. Et à leur pied on se sent très petit. Dire qu'il y a des centaines de milliers de litres de produit là-dedans... Je lorgne une échelle et demande si l'on peut monter.

Emballé c'est pesé

RCIS : les experts
en blouse blanche

Bon, cela fait quelque temps qu'on est là mais on n'a toujours pas aperçu une seule goutte de pétrole... Il serait peut-être temps d'aller voir le labo, avec ses 110 000 analyses par an. On devrait y voir des produits pétroliers !
Oui, il y a un vrai labo dans La Machine. Avec des vrais scientifiques en blouse blanche et des stylos quatre couleurs accrochés à la poche... Bon, on se calme, ils ne sont pas là pour enquêter sur des scènes de crime démentes. Non, non, non. Ils sont « juste » chargés de confirmer que les produits répondent aux normes et aux critères de qualité pour être vendus.

Il y a de grands lavabos blancs, des éprouvettes et des béchers alignés sur des paillasses. Il flotte une douce petite odeur de labo qui ne me fait pas trop regretter mes années collège. Dans le rôle du prof, nous avons Philippe qui nous raconte en détail les coulisses de sa classe de sciences.
Ce qu'il faut retenir principalement, c'est qu'il y a deux types d'analyses : celle des produits en ligne (quand ils sont dans les tuyaux) pour optimiser le rendement, l'efficacité énergétique, bref le réglage des unités, et celle des produits finis, quand les produits sont dans les bacs pour vérifier qu'ils sont bien conformes aux normes.

De mon côté, je retiens surtout qu’il y ades tests de pénétrabilité du bitume... Mais peut-être qu’à 14 ans, en TP de chimie, on a les idées mal placées.

Ici, j’ai presque l’impression d’être dans ma classe de physique-chimie en 4e C.
LaboratoireAudreyDamien
Laboratoire

Il y a de grands lavabos blancs, des éprouvettes et des béchers alignés sur des paillasses. Il flotte une douce petite odeur de labo qui ne me fait pas trop regretter mes années collège. Dans le rôle du prof, nous avons Philippe qui nous raconte en détail les coulisses de sa classe de sciences.
Ce qu'il faut retenir principalement, c'est qu'il y a deux types d'analyses : celle des produits en ligne (quand ils sont dans les tuyaux) pour optimiser le rendement, l'efficacité énergétique, bref le réglage des unités, et celle des produits finis, quand les produits sont dans les bacs pour vérifier qu'ils sont bien conformes aux normes.

De mon côté, je retiens surtout qu’il y a des tests de pénétrabilité du bitume... Mais peut-être qu’à 14 ans, en TP de chimie, on a les idées mal placées.

« Ça c'est du beau bitume, je vous le dis. »
Expéditions

Notre « animateur radio » n'est pas avare en anecdotes ! Et de notre côté, malgré la fatigue qui commence à se faire sentir et l'esprit embué par un trop plein d'informations depuis le début de notre séjour, on ne boude pas notre plaisir :
« Tiens, pourquoi on pèse les camions en entrant et en sortant de l'Expé ? »
« Vous savez, on est extrêmement et en permanence contrôlés par la douane, et c'est bien normal parce qu'il y a une transaction commerciale importante ici. »

Comme pour les stations-service, un organisme certifié d'État contrôle régulièrement la métrologie du site : un litre affiché vendu doit correspondre à un vrai litre.
Mot que je peux aisément ressortir à un dîner entre amis bien sûr !

Et c’est ici que j’ai appris
le mot « métrologie »
ou « science de la mesure ».

On le sait, le site tourne à fond et sort plein de produits finis (ou pas) différents. Mais on en fait quoi maintenant de tout ça ?
Et bien avant tout, on les vend et on les envoie aux différents clients. D'où l'existence du service Expéditions, légèrement excentré, au sein du site (cf. carte en introduction).
Comme tous ces produits ont plein de formes et d'utilisations différentes, il y a mille et une manières de les faire transiter : par camion évidemment, mais aussi par train ou barge et même par pipeline sous nos pieds...

Ce n'est donc plus vraiment à proprement parler la raffinerie mais une sorte d'aiguillage géant que nous fait visiter Grégory, le contremaître Expéditions.
Et Grégory, passionné et pédagogue, nous explique beaucoup de choses, d'une voix très posée que je qualifierais de « radiophonique » : le fonctionnement des quais, la différence entre le chargement par dôme (par le haut) et le chargement par source (par le bas) des camions, la formation des chauffeurs, les wagons livrés de nuit et chargés dans la foulée.

Notre « animateur radio » n'est pas avare en anecdotes ! Et de notre côté, malgré la fatigue qui commence à se faire sentir et l'esprit embué par un trop plein d'informations depuis le début de notre séjour, on ne boude pas notre plaisir :
« Tiens, pourquoi on pèse les camions en entrant et en sortant de l'Expé ? »
« Vous savez, on est extrêmement et en permanence contrôlés par la douane, et c'est bien normal parce qu'il y a une transaction commerciale importante ici. »

Comme pour les stations-service, un organisme certifié d'État contrôle régulièrement la métrologie du site : un litre affiché vendu doit correspondre à un vrai litre.
Mot que je peux aisément ressortir à un dîner entre amis bien sûr !

Et c’est ici que j’ai appris
le mot « métrologie »
ou « science de la mesure ».
Station

Extérieur nuit

Les sens dessus dessous

La Machine tourne tout le temps, le jour, la nuit, 7 jours sur 7, 365 jours par an (sauf les années bissextiles, évidemment). Tous les gens que l'on a rencontrés n'ont qu'une obsession permanente : alimenter La Bête pour qu'elle ne s'arrête jamais.

Des équipes se relaient ainsi en permanence pour que le site fonctionne et livre à temps les quantités astronomiques de produits passés au tamis des unités de raffinage et du vapocraqueur. Elles sont donc là le jour mais aussi la nuit. Et c'est vraiment lors de ma première nuit sur place que j'ai ressenti cet attachement viscéral des opérateurs du site à « leur Machine ». C'est Arnaud qui sera notre veilleur de nuit.
« La nuit, je tourne seul et c'est ce que je préfère. Il se dégage une atmosphère spéciale, presque irréelle. Venez, on part en tournée, vous allez comprendre. »

Effectivement, sous cette masse mécanique vivante, humide et vibrante, éclairée par des milliers de néons, je perçois parfaitement ce que décrit Arnaud. Une ambiance à part : entre club berlinois et ciel étoilé de montagne.
En tournée, tous les sens sont en éveil et Arnaud est aux aguets. Il touche certains tuyaux pour vérifier leur chaleur. Il sent les odeurs des différentes zones du site, et si l'une d'elles lui paraît anormale – trop forte ? – il donnera l'alerte. Il écoute le ronronnement des machines et des flux de liquides qui rythment continuellement sa tournée.
Il regarde et contrôle que tout fonctionne bien, tout en étant attentif aux moindres signaux inhabituels qu'émettrait La Machine.

« Allez, on va monter tout en haut du riser, il domine toute la raffinerie, c'est l'idéal pour contempler le ciel étoilé. »

« DIS DONC, IL N'Y A PAS CINQ SENS NORMALEMENT ? »
Erwann je ne pense pas que ce soit une bonne idée de goûter la glace

Sur certains compresseurs, dans lesquels circulent des produits très très froids, l’humidité de l’air suffit à ce que d’énormes glaçons se forment.

De l'huile dans les rouages

Je n'y avais pas vraiment pensé jusque-là mais un site comme celui-ci doit être quasiment autonome en énergie. Il utilise beaucoup d'eau (pour le refroidissement, notamment), directement pompée dans le fleuve voisin. Pour être recyclée, elle passe dans différents bassins de décantation. Ce que je n'avais pas prévu c'est que la visite se fasse à 7h30, juste après le petit-déjeuner… Et là, malgré une forte conscience écoresponsable, je peux l'avouer : la partie recyclage des eaux usagées, après le café matinal, ce n'est pas l'idéal.
Camion porteur

Des équipes au taquet

Même si tout semble souvent désertique en apparence, il y a tout un monde qui gravite et s'active autour de l'activité raffinage-pétrochimie proprement dite.
En effet, il faut beaucoup de gens et diverses fonctions support pour que cette petite ville tourne à plein régime : la sécurité, l'entretien, les travaux, l'approvisionnement, etc. Beaucoup de prestataires et de contractés assurent ces fonctions et « tiennent eux aussi la boutique », comme le reconnaissent volontiers les salariés maison.

Avec plus de 25 000 références, il y a clairement de tout dans cet immense hangar à plusieurs étages. Du moindre boulon jusqu'aux bouts de tuyaux (de divers calibres) en passant par notre très seyante tenue de sécurité : tout est en stock au magasin.
L'Inspection nous attend de pied ferme. Une petite salle de réunion, six ou sept personnes autour de la table nous regardent ouvrir la porte et nous installer. Nous sommes contents de nous asseoir un peu.
Sarah, la chef de service nous explique leur rôle : « L'inspection, c'est la visite médicale des équipements : nous sommes les garants de l'intégrité du matériel. Nous travaillons en lien avec le département Maintenance qui s'occupe de la "bonne santé" des équipements au quotidien. En cas de "maladie" chronique ou subite, nous sommes appelés au chevet des équipements endommagés. Et selon le diagnostic, nous établirons la meilleure prescription possible. On a évidemment une grosse responsabilité parce qu'il faut maximiser la sécurité tout en faisant en sorte que la ligne de produits ou l'équipement soit arrêté le moins longtemps possible. »
Je me rends compte que la fatigue commence sérieusement à se faire sentir, que j'ai du mal à garder le fil et je tente une petite blague approximative :
« On peut donc dire qu'ici, les inspecteurs ne sont pas "gadgets" ! ».
Et je fais un flop.

"Le musée des horreurs"

Un site raffinage-pétrochimie est certes quelque chose de très spécial, ce n'est pas moi qui vais dire le contraire, mais c'est aussi une société comme les autres avec ses fonctions support « classiques » ! Comme partout : les RH pour recruter, les Achats pour choisir les prestataires extérieurs, la Com' pour faire connaître les projets...

Là encore, nous avons des guides de choc pour nous perdre dans le bâtiment administratif : les géniales Françoise et Sophie, les Véronique & Davina de la com'. Parce qu'en termes de gym tonique, elles ne sont pas en reste.

« Venez voir ça, ça va vous surprendre… Nous avons juste une petite demi-heure de marche pour y aller. »
« Je vous ai calé un petit rendez-vous à 6 h 30… J'espère que vous êtes matinaux ! »
« Vous avez pensé à croquer Chantal des RH ? Elle a un très beau profil ! »

Bref, elles nous accompagnent fièrement, nous chouchoutent, nous bichonnent et ne restent pas cantonnées à leurs bureaux administratifs, loin de là.
Je me rends compte qu'ici, les fonctions support sont – elles aussi ! – pleines d'énergie.

Nature et découverte

Ça peut paraître étrange, parce qu'on ne va pas se le cacher, c'est avant tout une jungle de tuyaux que l'on a visitée. Avec quelques explorateurs bizarres de-ci de-là dans des combis de spationautes...
Des animaux, il faut vraiment passer du temps et bien regarder pour en voir. Pourtant, il y en a.
Et ça, c'est évidemment très rassurant puisque ce sont autant de petites preuves de bonne santé écologique ! Ici, on prend ça très au sérieux et on a d'ailleurs mis en place tout un suivi de l'évolution de la biodiversité.

Ainsi, beaucoup de petits insectes, crapauds, lézards et oiseaux ont trouvé sur le site des coins pour vivre tranquilles. Et les deux espèces qui me surprennent le plus sont le faucon et les abeilles.

Le faucon
Il y a d'abord un faucon qui est venu se nicher tranquille en haut de la torche. D'en bas, on voit bien distinctement son nid. Cependant, ce dernier joue à cache-cache avec nous depuis notre arrivée... Et en plus, il gagne !
Il y a aussi trois belles ruches dans un coin un peu reculé, sur une butte qui longe le réfectoire... Elles sont bien cachées, elles aussi. 120 000 abeilles ce n'est pas rien. Et Paul l'apiculteur, ancien salarié du site, n'en est pas peu fier. « Le bruit, ça les calme. »
Je regarde Erwann, en tenue d'apiculteur, s'approcher de la ruche grouillante et me dis que décidemment on aura vraiment tout fait lors de ce séjour !
En fait, une ruche ça ressemble un peu à une plateforme
de raffinage et de pétrochimie : un système complexe qui tourne
en permanence, un produit raffiné qu'on ne voit jamais...

Mercredi
5 juillet

Dernier coup de sifflet. Fermeture des portes. Le train se met en marche. Il est précisément 18 h 04. Je regarde Erwann assis en face de moi qui feuillette à nouveau son carnet de croquis. Mon bloc-notes aussi est plein : plein de rencontres, plein d'anecdotes, plein de sensations...
Le train commence à me bercer doucement. Épuisé mais heureux, je ferme les yeux.
Deux heures plus tard, la voix qui annonce « arrivée à Paris-Gare de Lyon dans quelques minutes » me réveille.

Et voilà, l'aventure Au cœur de La Machine est en ligne !

Merci pour tout !

MERCI D’AVOIR SUIVI L’AVENTURE !

Illustrations d’Erwann Surcouf, textes de Joss de Richoufftz, conception graphique de Louis Brémont.
Une production Total Raffinage-Chimie, imaginée par So Bam, agence de création, version numérique par Ligne13.