Que signifie la sécurité pour un groupe industriel comme Total ?
La sécurité industrielle, c’est notre aptitude à maîtriser les risques dus à nos propres opérations ou ceux que notre environnement peut nous faire subir. La sécurité industrielle n’est pas une aversion aux risques, c’est la volonté de les identifier lucidement dans nos activités industrielles, de les évaluer de manière qualitative, et si possible quantitative, et enfin de les gérer. Concrètement, nous nous demandons régulièrement comment évoluent les risques sur nos installations, et où nous en sommes de nos plans d’actions pour les faire diminuer.
A quels risques le groupe Total est-il confronté aujourd’hui, et comment pouvez-vous dire qu’un risque est admissible ?
Il y a trois types de risques auxquels Total est confronté : ceux liés aux produits -que nous utilisons ou que nous fabriquons-, ceux liés aux opérations industrielles -procédés ou équipements-, et enfin les risques liés aux transports qui sont nécessaires dans le cadre de nos activités. Le risque n’est jamais admissible en lui-même. Un risque se révèle admissible, ou non, dans un environnement particulier, à un moment donné. Quand l’environnement est peu sensible, le risque est alors considéré comme moins important. Mais les mêmes activités dans un environnement plus sensible sont appréciées de manière plus critique. L’appréciation du seuil d’admissibilité des risques est le fruit d’un dialogue, d’une concertation entre l’industriel et son environnement, tout au long de la durée de vie des installations. Ce besoin de dialogue était auparavant plus faible dans le monde et en France en particulier. Après la catastrophe de Toulouse, un grand débat national a mis en évidence un besoin accru de concertation entre les acteurs. Total est conscient de la nécessité de développer ce dialogue et y participe pleinement.
Quels sont les faits marquants ces dernières années en matière de sécurité industrielle ?
Nous avons accompli des progrès importants ces dernières années au travers du plan 2002-2005 : d’une part, en matière de sécurité au poste de travail avec une baisse de 59% des accidents en quatre ans pour l’ensemble de nos personnels et de nos entreprises extérieures ; d’autre part en matière de prévention des risques majeurs où des moyens importants ont été consacrés notamment au travers d’investissements sur nos sites, et également par le renforcement des systèmes de management de la sécurité et le contrôle de leur efficacité par des audits.
Nous savons tous qu’en matière de sécurité il ne faut jamais baisser la garde. Aussi, avons-nous engagé en 2006 un plan d’action pour quatre nouvelles années, qui se situe dans la continuité du précédent sur les deux mêmes axes de travail : réduction des accidents au poste de travail et prévention des risques technologiques. Ce plan prévoit des mesures structurées pour atteindre nos objectifs : un processus selon trois niveaux d’activités explicite la politique de maîtrise des risques technologiques et des approches « comportements » sont développées dans toutes les branches. Le fil conducteur de ce plan 2006-2009 : le renforcement d’une culture de sécurité partagée par tous.
Les résultats de la première année sont positifs. Le renforcement des systèmes de management de la sécurité des sites présentant des risques technologiques et leurs audits d’efficacité se poursuivent résolument, avec pour objectif final en 2009 de couvrir l’ensemble de notre périmètre.
De même en 2006 et 2007, la fréquence des accidents au poste de travail avec ou sans arrêt (TRIR) a baissé respectivement de 19% et 18% chaque année, à comparer à un objectif de 10% / an. Derrière ces objectifs chiffrés concernant la sécurité des personnes, nous avons toujours le même message fort, qui pose comme principe de base un même souci de sécurité pour nos employés et ceux des entreprises extérieures. L’indicateur de référence retenu par le Groupe ne fait donc pas de différence entre les accidents de nos sous-traitants et ceux de notre personnel.
Y a-t-il des domaines qui selon vous mériteraient un effort particulier ?
Si nous pouvons nous réjouir des bons résultats de ces dernières années, nous sommes aussi conscients que malgré les efforts accomplis, il y a encore tous les ans des accidents mortels qui ont touché à la fois notre personnel et celui de nos contractants. Or dans ce domaine nous avons évidemment un objectif de zéro accident. Derrière ces drames humains qui affectent douloureusement le Groupe, il y a des causes bien identifiées. Chacun de ces accidents fait l’objet d’une enquête précise. Ainsi, nous savons que les accidents de transport routier et de conduite automobile comptent depuis plusieurs années pour les deux tiers des causes de décès. C’est pourquoi nous continuons de mettre résolument l’accent sur la prévention des risques routiers, plus spécifiquement dans les pays où les conditions de circulation sont très difficiles.
Quelles actions concrètes illustrent la lutte contre les accidents ?
Ces actions sont nombreuses dans toutes les entités du Groupe et on ne peut citer que quelques exemples qui ont vocation à se démultiplier : Ainsi, le Marketing Europe incite ses transporteurs à se doter de systèmes de management de la sécurité auditables ; c’est une action d’envergure qui a d’abord été entreprise sur le périmètre européen, qui permet incontestablement de renforcer la sécurité des transports, et que l’on cherche à reproduire sur tous les continents. Autre exemple, sur le périmètre Afrique Pacifique Caraïbes, le Raffinage & Marketing a développé le programme PATROM d’amélioration du transport routier. Ce programme s’appuie sur la formation des chauffeurs, l’inspection des véhicules, la sélection des transporteurs. La pertinence de ce programme se vérifie chaque jour, et il se conjugue désormais également en Amérique latine et en Asie. Cette action mondiale est renforcée par un partenariat avec le Global Road Safety Partnership (GRSP) organisme international rassemblant des acteurs institutionnels, économiques et associatifs. Cet accord permet au Groupe, et en particulier aux entités présentes en Afrique, Asie, Amérique du Sud ou Europe de l’Est, de contribuer à l’amélioration de la sécurité routière dans les pays où elles opèrent.
Enfin, chaque entité a nommé un correspondant pour la sécurité automobile, qui est chargé de démultiplier dans toutes les branches ou filiales la politique du Groupe. Ce réseau de correspondants constitue le relais efficace d’une politique de sécurité automobile à la hauteur des enjeux pour le Groupe.
Dans le domaine des risques industriels, le Groupe avait lancé un important plan de renforcement. Où en est-on aujourd’hui ?
La maîtrise des risques technologiques, qui sont la cause potentielle d’accidents industriels majeurs, demeure l’un des axes fondamentaux de notre politique. Des investissements importants ont été lancés dans le plan 2002-2005. Ils ont été prolongés par une meilleure organisation de nos efforts de prévention, basés sur une méthodologie unique de l’analyse des risques. Ceci a été un acte fondateur important car nous disposons désormais d’une même démarche pour l’ensemble des activités du Groupe permettant d’analyser les risques industriels et de les classer d’une manière homogène. Il nous faut maintenant privilégier la cohérence d’ensemble, la convergence de nos standards techniques, veiller à leur application rigoureuse.
Comment comptez-vous continuer à réduire les risques ? Pouvez-vous en donner un exemple concret ?
L’une des sources d’amélioration les plus riches en matière de sécurité est de renforcer la remontée d’informations sur les accidents qui se sont produits dans le Groupe ou à l’extérieur et d’en partager les enseignements. C’est ce que l’on appelle le retour d’expérience. Cela a par exemple été le cas lorsque nous avons analysé les accidents survenus en dehors de notre Groupe, sur un pipeline en Belgique à Ghislenghien en 2004, et dans une raffinerie américaine à Texas City en 2005. De nombreux enseignements pour nos propres opérations ont pu en être tirés, en particulier au travers de deux Directives Sécurité, l’une sur la surveillance des pipelines et l’autre sur la maîtrise des opérations sensibles pour la sécurité. Plus généralement, nous appliquons ce type de démarche d’analyse systématique à la plupart des accidents réels ou potentiels – qu’on appelle near-miss ou quasi-accidents – qui surviennent sur nos propres installations. Notre aptitude à identifier les événements potentiellement graves, et à en tirer les enseignements, reste le plus puissant des moteurs de progrès. Il nous faut sans cesse veiller à la qualité et à la fluidité de la remontée des informations.
Avez-vous pu tirer des enseignements de l’accident sur le dépôt britannique de Buncefield ?
En décembre 2005, plusieurs explosions, suivies d’un important incendie, se sont produites dans le dépôt d’hydrocarbures de Buncefield en Grande-Bretagne, dépôt opéré par la société HOSL dont Total et une autre société pétrolière sont actionnaires. Cet accident n’a pas eu de conséquences humaines ou environnementales graves, même si les dégâts matériels ont été très importants. Après l’accident, les autorités britanniques ont émis plusieurs rapports d’investigation établissant les causes probables du sinistre : la formation d’un nuage explosif résultant du débordement d’un bac d’essence, lui-même consécutif à la défaillance de l’instrumentalisation et des alarmes de niveau lors d’une réception par pipeline. HOSL a travaillé en étroite liaison avec les autorités pour rechercher les causes profondes de l’accident et définir, avec celles-ci et l’ensemble de la profession, les moyens de prévention adaptés. Parallèlement, les équipes Total chargées de la logistique ont établi un plan d’action concernant en particulier : - la fiabilité des équipements de détection de niveau et des systèmes d’alarme, - l’adéquation des mesures organisationnelles, - les procédures de réception des produits.
Le programme de vérification couvrant tous les dépôts Total a aussi été adapté en conséquence.
L’accident d’une de vos raffineries qui a causé en mars 2008 une pollution de la Loire modifie-t-il votre appréciation sur les progrès réalisés par le Groupe ?
Une vigilance permanente est nécessaire pour maîtriser les risques liés à nos activités et plus particulièrement lorsqu’il s’agit de produits dangereux pour l’homme ou nocifs pour l’environnement. L’accident survenu en France à la raffinerie de Donges nous incite à accentuer résolument les efforts entrepris en tirant toutes les leçons de cette pollution causée par la fuite d’une canalisation située le long des berges de la Loire. Des mesures supplémentaires immédiates ont d’abord été prises pour nos installations, telle que l’inspection physique de toutes les canalisations en bordure de plans d’eau ou de zones éco-sensibles. Au-delà, Total France utilisera les enseignements de ce retour d’expérience pour renforcer les dispositifs permettant d’éviter qu’un tel accident ne se reproduise.
Quelle est votre ambition en matière de sécurité pour l’avenir ?
Il existe aujourd’hui quelques sociétés dans le monde du pétrole ou de la chimie qui ont une réputation internationalement reconnue en matière de sécurité. Nous souhaitons nous hisser à leur niveau, et pour cela il nous faut réussir à développer dans tout le Groupe une culture de sécurité qui imprègne profondément nos décisions et nos comportements : ce doit être une conviction partagée par l’ensemble des acteurs de l’entreprise, une volonté de mettre la sécurité au cœur de nos valeurs, qui se traduise concrètement par un état d’esprit et des attitudes visibles sur le terrain. |