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Entretien avec Jean-François Minster, Directeur scientifique à la Direction Générale
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Jean-François Minster
Directeur scientifique à la Direction Générale

Quelle part de son activité la R&D du Groupe consacre-t-elle à la transition énergétique ?

 

Cet objectif concerne l’ensemble de notre R&D, puisque la transition énergétique vise à concilier la fourniture de l’énergie et les contraintes du changement climatique. Cette transition passe en priorité par l’amélioration de l’efficacité énergétique mais aussi par la préparation d’un nouveau mix énergétique. Notre défi est d’explorer simultanément plusieurs axes de progrès pour fournir les ressources énergétiques et des produits innovants, à la fois meilleurs pour la santé et l’environnement et fabriqués en consommant le moins d’énergie possible, voire en recourant aux énergies renouvelables. Tout cela sans sacrifier la qualité ni les services rendus par les produits. Je pense, par exemple, aux plastiques biodégradables dont aucun ne possède encore les qualités du polyéthylène.

 

Comment se répartit le budget dédié à ces travaux ?

 

L’essentiel de nos dépenses de R&D reste concentré sur notre cœur de métier, des hydrocarbures à la chimie de spécialités. Mais, sur les 600 millions d’euros consacrés en 2007 à la R&D dans le Groupe, environ 80 millions ont été affectés spécifiquement aux nouvelles générations de ressources (DME, CTL1, etc.), à l’efficacité énergétique, aux nouvelles technologies de l’énergie (photovoltaïque, biomasse, etc.), au captage-stockage de CO2 et à d’autres enjeux environnementaux comme la qualité de l’eau, de l’air et du sol. Sur ce montant, près de 14 millions ont été dédiés à l’efficacité énergétique chez nos clients. Celle-ci concerne non seulement les carburants, mais aussi l’amélioration des lubrifiants, tout aussi importante pour la baisse des consommations. De même, les progrès du Groupe sur les élastomères, les plastiques ou les adhésifs contribuent à alléger les véhicules et à réduire leur consommation. C’est ce gain multiple qui est intéressant : il ne s’agit pas seulement de remplacer mais de continuer à progresser pour obtenir des produits plus performants du point de vue environnemental et fonctionnel. Un peu plus de 20 millions ont été investis dans des pilotes comme celui du PLA2, pour la fabrication de biopolymères, ou celui du captage-stockage de CO2 dans le bassin de Lacq (France). Nous mettons régulièrement de nouveaux pilotes en œuvre, car c’est l’une des spécificités de la recherche du Groupe que d’amener  es produits et les technologies du laboratoire à l’industrie. Les enjeux de ces développements portent sur l’optimisation et la fiabilisation des procédés ainsi que sur la baisse des coûts, indispensables pour passer à la phase d’exploitation.

 

Comment se situe la R&D par rapport aux objectifs stratégiques du Groupe ?

 

Il faut distinguer deux aspects. Pour le pétrole et le gaz, nous avons une stratégie de cœur de métier : Total doit aller vers les sables bitumineux, les ressources profondes, les gaz  acides, etc., pour augmenter sa production avec des ressources accessibles et non “verrouillées” par les compagnies nationales. Concernant les nouvelles technologies de l’énergie,  comme le captage-stockage du CO2 et les énergies nouvelles, nous sommes confrontés à une situation très différente car ces solutions sont loin d’être stabilisées. Nous devons donc être présents sur un foisonnement d’options technologiques pour être capables d’industrialiser au bon moment celles qui arrivent à maturité.

Quelle contribution la R&D peut-elle apporter à un mix énergétique durable ?

 

Je ne pense pas que le mix énergétique se stabilise avant plusieurs décennies. Certaines des technologies qui sont encore au stade du laboratoire ne passeront au stade industriel que vers 2040, voire plus tard. D’ici là, le mix énergétique connaîtra des inflexions continues tant pour l’efficacité énergétique du transport ou l’isolation du bâtiment que pour l’évolution de l’utilisation du pétrole vers les usages incontournables. C’est seulement à l’issue de cette lente transition que l’on parviendra à une situation durable. Notre défi est d’aller assez vite face aux enjeux du changement climatique.

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 Comprendre les énergies : site pédagogique
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