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Entretien avec Jean-Michel Gires
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Jean-Michel Gires
Directeur du développement durable et de l'environnement


La demande en énergie ne cesse de croître. A ce rythme, et en considérant que le pétrole couvre aujourd’hui 40 % de la consommation mondiale d’énergie primaire, le  peak oil » ne risque-t-il pas de se produire plus tôt que prévu ?

Avant tout, je tiens à rappeler que le « peak oil » ne signifie pas la fin du pétrole mais l’arrivée à un maximum de production précédant un déclin progressif des gisements qui durera plusieurs décennies. La production de pétrole pourrait ainsi plafonner, vers 2020-2030 aux alentours de 100 à 110 millions de barils par jour. Elle en est aujourd’hui à 82 millions. Cela nous laisse une certaine marge de manœuvre en termes de croissance !
 
Mais les réserves de pétrole ne pourront éternellement satisfaire la demande en énergie...

Les réserves prouvées  de pétrole représentent, en l’état actuel des connaissances une quarantaine d’années. J’insiste sur la notion de réserves « prouvées » car des possibilités nouvelles peuvent toujours s’ouvrir grâce à l’exploration ou à l’amélioration des technologies, à l’accès à de nouveaux bassins ou à l’exploitation des ressources qualifiées, il y a quelques années encore de « non conventionnelles ». Il s’agit des bruts des grands fonds marins en Angola ou les des huiles extra-lourdes du Venezuela. Le champ de Sincor, par exemple, dont l’exploitation doit durer trente-cinq ans, possède une capacité de production de 200 000 barils/jour, autrement dit un volume correspondant à plus de 10 % de la consommation française de pétrole ! Total s’intéresse à des projets similaires au Canada qui apporteront, eux aussi, une relais de croissance sur les productions. Il deviendra certes de plus en plus difficile de renouveler les réserves au fur et à mesure du déclin des champs mais nous n’en sommes pas pour autant à la fin des hydrocarbures.
Le gaz naturel, qui couvrait 21 % de la consommation mondiale d’énergie primaire en 2002, devrait, à son tour, monter en puissance. Les réserves prouvées de gaz naturel représentent une bonne soixantaine d’années. Total, qui est déjà  l’un des trois premiers majors mondiaux en volume de production de gaz naturel liquéfié, renforce continuellement ses positions sur l’ensemble de la chaîne gazière et sera, d’ici à une quinzaine d’années un groupe aussi gazier que pétrolier.
 
Si la demande continue à évoluer au rythme actuel, comment y répondra-t-on à long terme ?

La première réponse, la plus logique, serait d’influer sur la demande elle-même. Et cela nous renvoie au concept d’efficacité énergétique : des logements mieux isolés, des véhicules consommant moins, des procédés industriels plus performants mais aussi des comportement individuels plus responsables. Citoyens, pouvoirs publics, développeurs d’infrastructures, constructeurs automobiles...tous les acteurs qui interfèrent avec les modes de consommation finale de l’énergie doivent travailler ensemble pour trouver de meilleures solutions.
La seconde réponse, c’est le recours à des énergies alternatives. Prenez l’exemple de la production d’électricité. Les centrales ne font déjà quasiment plus appel au fioul lourd. Elles utilisent également l’énergie nucléaire et de plus en plus le gaz naturel, grâce aux nouvelles technologies à cycle combiné. Elles utilisent toujours, et même de plus en plus, le charbon, qui couvrait 23 % de la consommation mondiale d’énergie primaire en 2002 et dont les réserves prouvées représentent deux cents ans.
Au-delà des hydrocarbures et du nucléaire, d’autres solutions existent sous la forme des énergies renouvelables. Nous nous intéressons également à l’éolien, à terre ou en mer, dont la technologie a beaucoup évolué au cours des vingt dernières années.  En 2005, nous avons été sélectionnés par le ministère de l’Industrie pour construire le plus grand projet éolien terrestre, dans l’Aveyron, en France. Nous nous positionnons aussi dans le photovoltaïque qui représente des puissances plus modestes mais immédiatement disponibles à proximité de leur utilisateur final et bien adaptées à l’électrification rurale décentralisée. Nous sommes présents depuis plus de vingt ans dans l’aval de la chaîne photovoltaïque, par le biais de notre filiale Total Energie, devenue Tenesol en 2005. Nous avons plus récemment investi dans l’amont de la chaîne, via un partenariat avec Photovoltech, qui fabrique des capteurs photovoltaïques en Belgique.
 
Des solutions alternatives existent pour la production d’électricité. Mais qu’en est-il du transport ?

Le transport est certainement le domaine où le pétrole, facile à embarquer à bord d’un véhicule et à consommer au fur et à mesure, semble le plus difficile à remplacer. D’autres solutions se dessinent néanmoins, qui coûtent plus cher mais peuvent être encouragées par des politiques publiques adéquates : le gaz naturel comprimé est ainsi utilisé dans certains pays ; la transformation du gaz ou même du charbon en liquide synthétique fait par ailleurs l’objet de recherches auxquelles le Groupe s’intéresse.
Mais nous disposons déjà d’une réponse plus immédiate : fabriquer des carburants à partir de la biomasse, comme Total l’effectue déjà en France de façon significative. Nous incorporons 800 000 tonnes de biocarburants dans nos carburants européens : ETBE  , dont nous assurons 100% de la production française, dans l’essence, et EMHV   dans le gazole. Quand vous achetez de l’essence ou du gazole chez Total en France, vous avez de plus en plus de chances qu’ils contiennent un composé végétal. Cela dit, la biomasse ne pourra remplacer complètement le pétrole : il faudrait y consacrer une portion gigantesque des terres agricoles ; or celles-ci servent essentiellement aujourd’hui à l’alimentation et il n’est pas question d’affamer les habitants de la planète pour leur permettre de circuler en voiture !

Vous considérez donc l’avenir avec optimisme ?

Oui. Et un optimisme qui rime, en l’occurrence, avec réalisme. Il n’existe pas de panacée pour répondre à l’évolution de la demande : il faudra recourir à un « mix » d’énergies complémentaires, utilisées chacune dans l’application où elle se justifie le plus, tout en veillant à éviter le gaspillage auquel des années d’énergie abondante et bon marché nous ont habitués. Le futur énergétique est un futur pluriel. Il ne signifie ni la fin du développement de la planète ni celle de notre Groupe, mais plutôt une évolution passionnante à laquelle nous travaillons déjà quotidiennement.

 
(1) Les réserves prouvées sont estimées au moyen de données géologiques et d’ingénierie qui permettent de déterminer avec une certitude raisonnable si la quantité de pétrole brut ou de gaz naturel située dans des réservoirs connus pourra être produite dans les conditions économiques et opérationnelles existantes.
(2) Ethyl tertio butyl éther, dérivé de l’éthanol obtenu à partir de betteraves ou de céréales
(3) Ester méthylique d’huile végétale, produit à partir de graines de colza ou de tournesol.
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  En savoir plus :
 Comprendre les énergies : site pédagogique
  Indicateurs environnementaux
Entretien avec :
 Jean-François Minster, Directeur scientifique à la Direction Générale

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