Thierry DESMAREST, Président-directeur général de TotalFinaElf, a été invité à s’exprimer, le 29 août 2001, dans le cadre de l’université d’été du MEDEF, autour du thème " L’Entreprise, l’Homme et la Nature ". Les principaux extraits de son intervention sont reproduits ci-après.
" Quel est l’enjeu du développement durable ? Exprimé simplement, il s’agit de parvenir à améliorer la qualité de vie des générations actuelles et futures en demeurant attentif à l’avenir de la planète. Pour cela, il nous faut trouver un juste équilibre entre les besoins de l’humanité et les ressources de la Terre. (...)
Une entreprise comme TotalFinaElf a sa place dans cette démarche. (...) Nous avons donc défini notre politique en organisant un très large débat interne afin que le développement durable devienne une composante de notre culture d’entreprise. Pour nous, il ne s’agit pas d’un effet de mode ou d’un exercice de communication. (...) Pour illustrer concrètement notre engagement, j’ai choisi aujourd’hui trois thèmes au cœur de nos préoccupations et aussi de celles de l’industrie pétrolière. (...)
Je pense tout d’abord à la nécessité d’assurer la croissance des ressources énergétiques. Au cours du XXème siècle, la consommation d’énergie dans le monde a été multipliée par quinze environ. (...) Pour assurer le développement durable de l’économie mondiale, il faudra en particulier renouveler et si possible augmenter nos réserves d’hydrocarbures. (...) Au rythme actuel approchant 4 milliards de tonnes par an, le monde consomme l’équivalent des ressources productibles de la Mer du Nord tous les trois ans. Dans ce contexte, il nous paraît important de diversifier les approvisionnements en mettant en production de nouvelles ressources, désormais accessibles grâce aux progrès technologiques accomplis ces dernières années. (...) Ainsi, TotalFinaElf a acquis un domaine minier de première importance en mer profonde, en Angola, au Gabon, au Nigeria et dans le golfe du Mexique. De la même façon, au Venezuela, nous avons commencé à produire les pétroles lourds de la ceinture de l’Orénoque. De nouvelles avancées technologiques devraient multiplier par trois ces réserves, évaluées aujourd’hui à 15 milliards de tonnes . (...)
Enfin, il est souhaitable d’accroître la contribution des énergies renouvelables dans le bilan énergétique mondial, et nous entendons bien participer à ce mouvement. L’éolien, par exemple, a fait des progrès considérables au cours des quinze dernières années et sa production énergétique se développe au rythme de 25 % par an. Nous développons d’ailleurs des centrales éoliennes sur certains de nos sites, comme à la raffinerie de Dunkerque, et nous envisageons à moyen terme des implantations en mer. (...)
Notre Groupe a également toujours été très attentif aux risques et aux incertitudes liés à l’augmentation de la teneur en gaz à effet de serre dans l’atmosphère. (...) Nous finançons d’ailleurs, à travers le programme Climate Change du Massachussets Institute of Technology, des travaux destinés à mieux comprendre ces mécanismes. (...)
Mais il s’agit surtout de contribuer à la réduction de ces émissions. La croissance forte de nos activités rend inappropriés des objectifs en valeur absolue. Nos engagements portent donc plutôt sur la réduction des émissions en valeur spécifique ou relative, c’est-à-dire exprimées en tonnes de CO2 par tonnes d’hydrocarbures traitées ou produites. (...) Pour l’ensemble de nos activités pétrolières et gazières dans le monde entier, nous devrions parvenir à réduire nos émissions spécifiques de 20 % entre 1990 et 2005. (...)
Il s’agit aussi de découpler croissance économique et émissions de gaz à effet de serre. Notre offre doit permettre à nos clients d’améliorer leur performance énergétique en privilégiant les sources à faibles émissions et à rendements élevés. Par exemple, le remplacement d’une centrale à charbon ancienne par une centrale à gaz moderne divise par trois les émissions de CO2. L’amélioration de la qualité des carburants a permis d’obtenir des moteurs moins polluants en terme d’émissions et plus performants, grâce à des conditions de combustion optimales. (...)
Enfin, dans l’ensemble des pays où nous travaillons, il me paraît essentiel qu’un groupe comme le nôtre contribue à l’amélioration du cadre de vie, à la création d’entreprises locales et au transfert de compétences. Ceci surtout dans les pays dont les standards sont bien éloignés de ceux de l’OCDE. (...) Ainsi, le Groupe est souvent critiqué pour ses opérations au Myanmar (Birmanie), pays dont les structures politiques et sociales sont des sujets d’inquiétude pour la communauté internationale. Pourtant, malgré ces difficultés, nous sommes parvenus à faire de nos opérations un modèle de développement pour le reste de l’activité économique du pays. (...) Le dialogue avec les populations locales a permis d’identifier deux de leurs priorités : la santé et l’éducation. Nous avons recruté une vingtaine de médecins et financé la formation d’environ 70 aides-soignantes. Chaque année, ceux-ci dispensent 50 000 consultations et 10 000 vaccinations. Par ailleurs, la région compte désormais 16 écoles qui accueillent 5 500 élèves, et le Groupe assure le financement de 143 postes d’enseignants. (...) Autre exemple : au Nigeria, TotalFinaElf a créé en 1994 un centre fournisseur de semences naturelles en vue d’améliorer les cultures locales de base. Ce programme a permis, en cinq ans, d’approvisionner plus de 3 000 agriculteurs en semences et en engrais, et d’apporter une assistance technique à plus de 5 000 autres. Ce programme a été étendu à la pisciculture et le sera bientôt à l’élevage du bétail. (...)
Un des rôles de la Mission Développement Durable dont j’ai souhaité la création au sein du Groupe est de développer une méthodologie systématique pour identifier, planifier, gérer et suivre ce type de projets. (...)
La mise en œuvre du concept de développement durable dans une entreprise comme la nôtre est un travail en profondeur. Nous y voyons un facteur d’amélioration des performances : motivation accrue du personnel, rénovation accélérée des produits et des processus, intégration dans le tissu économique local. A terme, il pourra s’agir d’une nouvelle dimension stratégique.
Clarté du concept, appropriation par l’organisation et rigueur dans l’exécution sont les clés du succès " |