1 - Pompage de la cargaison de l’Erika : début de la mobilisation à Brest
La mobilisation des navires qui interviendront sur le chantier TotalFinaElf du pompage de la cargaison de l’Erika a débuté lundi 29 mai avec l’arrivée du British Shield à Brest, base logistique du projet.
Ce navire de lutte anti-pollution est équipé de barrages de confinement et de pompes spécialement adaptées au fioul de l’Erika. Ces pompes ont été testées dans les bassins du CEDRE les 30 et 31 mai et un exercice de déploiement des barrages est prévu en rade de Brest le samedi 3 juin. Le British Shield sera ensuite présent en mer pendant toute la durée des opérations pour prévenir tout risque de pollution.
Le British Shield a été rejoint le 30 mai par son remorqueur d’assistance, l’Anglian Duke, puis le 31 mai par le Seaway Kestrell, un des deux navires de support de plongée. Le second navire de ce type, le CSO Constructor, rejoindra directement le site des opérations en mer début juin.
Tout au long du mois de juin, le Seaway Kestrell et le CSO Constructor procèderont à la préparation des épaves, avec la pose de vannes sur les cuves, et à la mise en place des modules de mélange et de pompage ainsi que des différents flexibles de liaison.
Des équipes de plongeurs ainsi que des robots de travail sous-marin auront pour mission d’opérer simultanément sur les deux parties de l’épave, distantes de 10 km par 120 m de fond.
La récupération proprement dite de la cargaison devrait débuter à la fin du mois de juin avec l’arrivée à Brest du navire de pompage, le Crystal Ocean.
Le Seaway Kestrell, le CSO Constructor et le Crystal Ocean sont équipés de systèmes de positionnement dynamique qui leur permettent de se maintenir sur leur position dans des conditions de mer allant jusqu’à force 7.
2 - L’ester de colza sera utilisé comme fluidifiant pour le pompage du fioul de l’Erika
L’épave de l’Erika gît en deux morceaux à une soixantaine de kilomètres au sud de la pointe de Penmarc’h, par environ 120 mètres de profondeur d’eau. A cette profondeur, la température ne dépasse pas 10°C et le fioul se présente comme une pâte dense et visqueuse impossible à pomper en l’état. Après avoir étudié et testé différentes solutions de récupération sur un pilote de pompage dans son centre de recherche de Gonfreville, TotalFinaElf a démontré l’intérêt de l’ester de colza comme fluxant.
L’ester de colza sera mélangé au fioul lourd lors du pompage principal pour améliorer sa fluidité. Il sera à nouveau employé lors du pompage de finition, pour déplacer les dernières quantités de fioul piégées dans les cuves de l’Erika. Ainsi, à partir du mois de juin prochain, 6 500 à 7 500 m3 d’ester de colza seront utilisés, dans le cadre de ces opérations de pompage.
Outre ses qualités de fluidifiant, l’ester de colza a été sélectionné car il possède la double propriété d’être très rapidement biodégradable et de ne contenir aucun composant toxique ou polluant.
Le fournisseur retenu par TotalFinaElf pour ce contrat de plus de 20 millions de francs, suite à l’appel d’offres du 11 avril dernier, est Diester Industrie, société appartenant à la filière agricole française des oléagineux. Ce contrat fait partie des investissements, estimés aujourd’hui à 500 millions de francs, que TotalFinaElf va réaliser pour effectuer le pompage de la cargaison de l 'Erika.
3 - Prélèvements sur la cargaison de l’Erika : TotalFinaElf demande la nomination d’un huissier
De nombreuses expertises ont déjà levé toute ambiguïté sur la nature de la cargaison de l’Erika. Toutefois, afin de faire définitivement cesser toute polémique sur celle-ci, TotalFinaElf a annoncé que des échantillons seront prélevés au moment du pompage sur les quantités encore prisonnières dans les cuves de l’épave.
TotalFinaElf a donc sollicité, le 23 mai dernier, auprès du Président du Tribunal de Grande Instance (TGI) de Brest la nomination d’un huissier avec mission, en qualité de représentant de l’ensemble des parties concernées, de contrôler les opérations de prélèvement, de recueillir les échantillons et de les remettre aux experts chargés par la justice de procéder à leur analyse. A des fins de transparence, TotalFinaElf a invité les collectivités territoriales et les groupements professionnels intéressés à s’associer à sa démarche et à participer à l’audience du TGI de Brest. Cette invitation a pris la forme d’une assignation en référé remise aux élus et représentants de ces collectivités territoriales et groupements professionnels.
L’échantillonnage qui devrait être réalisé dès le mois de juillet sous le contrôle de l’huissier permettra de confirmer les analyses déjà faites. Rappelons que la raffinerie de Dunkerque, conformément à ses procédures de contrôle de qualité, avait fait analyser, le 8 décembre, le fioul de l'Erika. Le 9 décembre, dans un cadre contractuel, un laboratoire expert indépendant agréé, ITS Caleb Brett France, avait analysé un échantillon " moyen bord " de l’Erika. Par ailleurs, l’Institut Français du Pétrole (IFP), avait également été sollicité par l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA) pour identifier le produit. Toutes ces analyses ont déjà démontré, sans le moindre doute possible, que le produit chargé le 8 décembre à Dunkerque et transporté par l’Erika était bien du fioul lourd n°2.
Cette demande de prélèvement sous contrôle d’huissier s’inscrit dans la démarche de transparence qui est celle de TotalFinaElf ; le Groupe a d’ailleurs été le premier à engager, dès le 15 décembre dernier, une action de recherche des causes du naufrage de l’Erika auprès du Tribunal de Commerce de Dunkerque.
4 - Témoignage : trois questions à Bernard Chamley, directeur d’Aquasel
La SARL Aquasel commercialise le sel de l’île de Noirmoutier et de l’île de Ré. La filière, en pleine expansion, compte 160 producteurs et Aquasel emploie une trentaine de salariés. La commercialisation annuelle est de l’ordre de 3 000 tonnes. Cette filière, bien structurée et dynamique, participe de plus en plus fortement à la notoriété des départements de Vendée et de Charente-Maritime.
Comment envisagez-vous la récolte de sel cette année ?
Quoi qu’il advienne, elle sera amputée. Cela est dû au retard imposé par la nécessité de connaître parfaitement la situation avant et après le naufrage de l’Erika. Durant toute cette période, il n’était pas question d’autoriser des prises d’eau. Aujourd’hui, les analyses sont bonnes. Elles seront réalisées à intervalles réguliers, jusqu’à la fin de la récolte, pour valider les prises d’eau.
Quels moyens avez-vous pris pour garantir la qualité de ce sel ?
Avant l’arrivée du pétrole sur nos côtes, nous avons fermé toutes les écluses pour rendre le marais étanche. Après avoir effectué un point zéro, nous avons mis en place un protocole d’analyses fiable. Les prises d’eau sont effectuées en respectant des règles de précaution strictes : analyses d’eau régulières en différents endroits, filtration de l’eau de mer par filet entre deux eaux pour vérifier l’absence de boulettes immergées, constats visuels. L’eau est analysée avant l’entrée dans les salines puis dans les œillets au moment de la récolte. A ce jour, en ce qui concerne les réserves d’eau d’alimentation de nos salines, aucune analyse n’a révélé de présence d’hydrocarbures.
D’après vous, quel sera l’impact de la catastrophe sur l’exploitation du sel à Noirmoutier ?
Le retard pris dans la préparation des marais peut avoir des conséquences importantes. Par ailleurs, cela a engendré des dépenses supplémentaires dont nous espérons être remboursées. Enfin, outre l’atteinte au moral des producteurs soumis au doute, nous craignons, à cause des amalgames toujours possibles, une atteinte à l’image de notre sel, accompagnée d’une certaine perte de confiance de la part de nos clients, bien que la qualité du sel soit garantie. |