1 – Trois questions à Gérard Choux, responsable des opérations à terre
Parmi les objectifs de la Mission Littoral Atlantique, la réduction des effets de la pollution au travers d’opérations de nettoyage des côtes et de l’élimination des déchets figure en bonne place. Avec la réception des offres pour le chantier majeur qu’est le traitement des déchets, le moment est sans doute bien choisi pour faire le point sur ces deux aspects qui affectent très directement les habitants du littoral.
Dès le mois de janvier, Totalfina s’est engagé dans le nettoyage des côtes souillées par le fioul de l’Erika. Sous quelle forme cet engagement se poursuit-il aujourd’hui ?
Je commencerai par rappeler que nous intervenons exclusivement dans le cadre du plan Polmar, aux côtés des collectivités locales, des bénévoles, des professionnels. Le préfet coordinateur fixe une liste de chantiers prioritaires sur lesquels il nous est proposé d’intervenir. Il s’agit en général de chantiers complexes, de sites difficiles d’accès, dont la prise en charge nécessite une main d’œuvre spécialisée et des moyens matériels particuliers. Depuis le mois de janvier, nous avons ainsi engagé une vingtaine de chantiers. Les premières actions que nous avons entreprises, parfois dès le mois de janvier, étaient de véritables chantiers de nettoyage, à La Turballe, Moëlan sur Mer, Clohars-Carnoet, ou sur l’île de Groix, pour n’en citer que quelques-uns. Certains ont d’ailleurs du être prolongés avec les imprévisibles retours de la pollution. Il faut noter que ces chantiers se sont ouverts dans des conditions souvent difficiles, à un moment où l’émotion des collectivités locales et des particuliers était à son comble. Mais petit à petit, notre travail sur le terrain a été reconnu et notre action est désormais appréciée. Ainsi, parmi d’autres élus, le maire de Batz sur Mer a publiquement souligné la qualité du travail réalisé. Nous participons également à l’évacuation de déchets sur des sites enclavés, à Belle-Ile, sur l’île Dumet, l’île du Pilier, l’île d’Yeu. En général, la puissance publique assure le ramassage et nous mettons à leur disposition des moyens du type hélicoptère ou barge. Au-delà de ces exemples, il est clair que notre action se poursuivra jusqu’à ce que l’ensemble des acteurs du plan Polmar décident d’un commun accord que leur tâche est achevée.
Les stockages intermédiaires font-ils partie des chantiers sur lesquels le Groupe intervient ?
Tout à fait. Il existe 32 sites répertoriés, répartis sur l’ensemble du littoral avec une concentration particulière en Loire Atlantique, où les déchets ont été stockés au fur et à mesure du nettoyage des côtes, en attendant d'être évacués vers les sites de stockage lourd. Nous nous sommes engagés à prendre en charge une grande partie de ces sites, 29 pour être plus précis. Nous avons débuté notre action dès le 13 février, à Saint-Michel Chef Chef (Loire Atlantique), et 13 sites ont déjà été traités sous la conduite de nos équipes. Notre intervention prend toujours la même forme. Nous procédons à un nettoyage fin du stockage après enlèvement des déchets, avec pour objectif l’élimination de tout risque lié aux hydrocarbures. Bien sûr, la sensibilité écologique du site et de son environnement immédiat – avec, par exemple, la proximité d’une nappe phréatique – impose différents niveaux de nettoyage. Ensuite, par carottage ou prise d’échantillons, Antéa, une filiale du BRGM contractée par TotalFinaElf, établit un diagnostic en analysant la teneur en hydrocarbures des sols nettoyés. Si cette teneur est inférieure au seuil préalablement fixé par l’administration, le site est considéré comme propre. Dans le cas contraire, on procède à l’excavation des terres souillées et à leur évacuation vers le site de stockage lourd d’Arceau, sur le Port Autonome de Nantes.
TotalFinaElf a également prévu un budget de 200 millions de francs pour prendre en charge le traitement des déchets de l’Erika. Où en est la mise en place des filières d’élimination de ces déchets ?
Nous venons de recevoir les réponses à l’appel d’offres, ce mercredi 17 mai. A l’issue d’une phase de pré-qualification, 11 sociétés avaient été retenues. Deux d’entre elles se sont par la suite regroupées. Du 2 au 5 mai, toutes ces sociétés ont été invitées successivement à la raffinerie de Donges, où nous leur avons apporté tous les compléments d’information souhaités. Nous devons maintenant procéder à une évaluation précise des différentes offres, sachant que la plupart des soumissionnaires ont déjà effectué des essais sur des échantillons de déchets. L’objectif est de sélectionner un ou plusieurs entrepreneurs – trois au maximum – avant la fin du mois de juin. A partir de là, les filières de traitement s’organiseront très rapidement. Je rappellerai enfin qu’environ 160 000 tonnes de déchets sont actuellement entreposées sur les quatre sites de stockage lourds opérés par TotalFinaElf, à Donges et Paimboeuf. Nous prendrons en charge l’élimination de la totalité de ces déchets, ainsi que des déchets qui restent à acheminer jusqu’à ces sites – 10 000 tonnes environ sont encore attendues. L’enjeu est qu’à la fin de l’année prochaine, l’intégralité des déchets issus du naufrage de l’Erika aient été traités. Il nous restera à veiller à la remise en état des sites de stockage lourd.
2 – A propos du fonds FIPOL
En charge de l’indemnisation des victimes de la marée noire, le FIPOL suscite la curiosité – souvent – et l’incompréhension – parfois. Explication, en forme de réponses aux questions les plus courantes.
Qu’est-ce que le FIPOL ?
Basé à Londres, le FIPOL est le Fonds international d’indemnisation pour les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures. Ce fonds a été créé dans sa forme actuelle par un protocole d’accord entre Etats signé en 1992. 43 pays ont ratifié ce protocole et 12 autres sont en passe de le faire. Le rôle du FIPOL est de permettre, dans le cas où l’indemnisation assurée par le propriétaire du navire serait insuffisante, d’indemniser les victimes de dommages par pollution aux hydrocarbures dans les états qui en sont membres. Le fonds peut intervenir jusqu’à 1,2 milliard de francs.
Qui dirige le FIPOL ?
Le FIPOL est un organisme interétatique, et les compagnies pétrolières n’exercent aucun pouvoir particulier en son sein. Actuellement, depuis le début de la crise de l’Erika, la France est représentée auprès du FIPOL par les sept personnes suivantes :
- un fonctionnaire de l’Ambassade de France en Grande-Bretagne, en charge des affaires maritimes
- deux représentants de l’Agent judiciaire du Trésor (Ministère des Finances)
- deux représentants du Ministère des Affaires Etrangères
- un représentant du Ministère de l’Environnement
- un représentant du Ministère des Transports
Qui finance le FIPOL ?
Comme le fonds couvre les risques liés au transport des hydrocarbures, ce sont les sociétés importatrices d’hydrocarbures qui, par leurs contributions, financent les dépenses du FIPOL. Les sociétés présentes dans un pays doivent apporter leur contribution à partir du moment où ce pays importe au moins 150 000 tonnes de produits pétroliers par an. Ainsi, chaque année, les compagnies importatrices fournissent au FIPOL le montant de leurs importations, données à partir desquelles est déterminée leur contribution. TotalFinaElf assure environ 10 % du financement du FIPOL.
TotalFinaElf a-t-il déposé des demandes d’indemnisation auprès du FIPOL ?
TotalFinaElf n’a déposé aucune demande d’indemnisation auprès du FIPOL. Bien au contraire, le Groupe s’est engagé à prendre en charge l’intégralité des opérations qu’il a entreprises – pompage, élimination des déchets... - pour un budget estimé aujourd’hui à 850 millions de francs. Pour toutes ces opérations, TotalFinaElf ne présentera pas de dossier auprès du FIPOL, sauf si l’enveloppe de 1,2 milliard de francs n’est pas épuisée après l’indemnisation des préjudices subis par les collectivités locales, les individus et les professionnels. Ainsi, les fonds du FIPOL seront consacrés prioritairement à l’indemnisation de ces derniers. |