Présentation du Groupe

Rencontre avec Christophe de Margerie, Président-Directeur général

Y aura-t-il suffisamment d’énergies fossiles pour répondre à la demande ? Comment compléter intelligemment le panel d’énergies existantes ?
C’est en posant ces questions fondamentales que Total dessine sa stratégie et choisit de ne pas être seulement une compagnie pétrolière et gazière, mais une société d’énergies.
Christophe de Margerie, Total's Chief Executive Officer

  

  

Pour Total, quels sont les grands rendez-vous des cinq années à venir, à la fois les opportunités et les risques  ?

Un groupe comme le nôtre travaille à un horizon de 25 ans.  Nous cherchons à déterminer comment Total pourra évoluer en tant que société d’énergies, en tant que société responsable qui attire l’attention sur les limites de l’offre en énergies fossiles.  Les décisions que nous prenons aujourd’hui se concrétiseront dans cinq à dix ans. Et pour que les choses puissent changer à cet horizon, il fautdès aujourd’hui prendre des décisions majeures en termes d’investissement et de recherche sur les énergies de demain.

 

La demande en pétrole  se ralentit dans des zones matures comme l’Europe et très vigoureuse dans les pays émergents en forte croissance, comme l’Inde et la Chine.  Quel est l’impact sur la stratégie de Total ?

L’Europe est essentielle dans le portefeuille du Groupe. Total est très présent en Europe, en particulier dans le raffinage et la distribution, mais également dans la chimie. Il l’est – logiquement – un peu moins dans la production pétrolière, même si la mer du Nord reste et restera encore longtemps une zone majeure de développement pour le Groupe en exploration-production. Nous devons trouver des solutions pour maintenir nos activités en Europe, et en général dans les pays dont la consommation énergétique décroît.


En ce qui concerne les pays “émergents ”., nous ne négligeons pas l’Afrique qui abrite de nombreux pays producteurs. C’est une zone extraordinaire de croissance. De même, le  Moyen-Orient  n’est plus considéré uniquement comme un pays producteur mais aussi comme une grande zone de consommation..



Les investissements du Groupe sont importants, environ 16 milliards d’euros en 2010. Avez-vous l’intention d’infléchir l’investissement en faveur de telle ou telle énergie ?

Les énergies fossiles devraient continuer encore longtemps à satisfaire la majorité de la demande énergétique. Elles restent donc notre cœur de métier et il est assez logique que la majeure partie de nos investissements y soit consacrée. Et ce, d’autant que le coût et la durée de développement des projets sont souvent considérables.


Pour l’année 2011, nous avons annoncé un budget d’investissement de 20 milliards de dollars, dont 80 % dans notre secteur Amont. Ils devraient essentiellement être alloués à nos grands projets de développement comme Kashagan au Kazakhstan, Laggan/Tormore au Royaume- Uni, Surmont au Canada ou encore Pazflor et CLOV en Angola. Ceci dit, cela ne nous empêche pas d’avoir aussi des ambitions dans les nouvelles énergies même si les montants en jeu ne sont pas les mêmes..


  

Justement, en matière d’énergies nouvelles, quelle est l’importance de votre effort d’investissement  ?

Pour pouvoir les financer les énergies nouvelles  sur le long terme, il faut investir dans la recherche. C’est là que l’on retrouve Total. Le groupe Total ne prétend pas devenir du jour au lendemain leader dans le solaire ou la biomasse. Nous nous fixons un autre but : que ces énergies puissent se passer assez rapidement de subventions. Nous ne nous contenterons pas de développer des activités qui seraient automatiquement reprises par des concurrents asiatiques capables de faire mieux que nous en termes de rapport qualité/prix. Ce serait une grave erreur.


  

C'est une façon de mettre en oeuvre les comportements de référence de votre Groupe à l'échelle du top management ?

Absolument. Ces comportements sont l'audace, l'écoute, la transversalité et la solidarité. Ils sont réunis sous le nom de « Total Attitude ». C'est véritablement devenu pour nous la base de notre business model que nous déclinons systématiquement, et je suis convaincu que c'est ce qui va aider le Groupe à se différencier.

En France, beaucoup de gens considèrent ce type d'approche avec scepticisme, mais je suis frappé par le fait que les collaborateurs jeunes et non-français ont en général complètement assimilé cette approche. Pour eux, c'est l'avenir.

Ce n'est pas le fait d'avoir la meilleure sismique qui nous différenciera – et nous aurons bien évidemment la meilleure – mais le fait d'être à l'écoute, de considérer les pays producteurs comme des partenaires et de leur apporter notre concours pour bâtir des écoles, former le personnel local ou encore favoriser la recherche.


  

D’accord mais comment Total saura se différencier  ?

La mission de Total est d’aller plus loin, vers le solaire de deuxième, voire de troisième génération, vers un usage de la biomasse qui ne concurrence pas et ne renchérisse pas la production alimentaire. Bref, d’apporter de la créativité et de la valeur. Voilà pourquoi nous disons oui aux énergies nouvelles, oui aux investissements qu’elles exigent, oui à l’intégration dans le Groupe de spécialistes de ces énergies. Pour que Total soit un bâtisseur, pas un suiveur.


  

Quel est votre prix de référence pour décider d'un investissement et ce prix est-il différent selon le type de projet ?

Nous basons toutes nos hypothèses sur les mêmes environnements : prix du pétrole et prix du gaz, sachant qu'il s'agit des prix que nous estimons à 5 ou 10 ans, selon la date envisagée de démarrage des projets.

En revanche, nous n'avons pas les mêmes termes de référence pour tous nos projets. On utilise deux outils très différents l'un de l'autre : les taux de rentabilité interne d'un côté, c'est-à-dire une notion de rentabilité immédiate, et puis, de l'autre, l'enrichissement, une notion de cash et de retour sur le long terme.

Pourquoi ? Parce que nous avons des projets qui peuvent paraître rentables mais qui apportent peu de cash, parce qu'ils sont à plateau court. Sur des projets à plateau long, comme le GNL ou les gaz de schistes, on peut avoir des taux de rentabilité plus faibles, mais des enrichissements plus forts. L'un compense l'autre et il faut donc avoir un portefeuille de projets qui permette ce mix.


  

Le raffinage en Europe,  et particulièrement en France, est un des sujets industriels et sociaux sensibles pour Total. La contraction du raffinage en Europe est-elle inéluctable ?

La nécessité d’adaptation est bel et bien inéluctable.


La demande en énergie diminuant, il faut produire moins. C’est un fait. Si nous continuons à produire trop, sans parvenir à exporter, la surcapacité pourrait fragiliser l’ensemble du système. De surcroît, dans un univers qui exige, à juste titre, plus d’efficacité énergétique, de respect de l’environnement et de responsabilité climatique, produire de l’énergie qui ne sera pas utilisée ce n’est vraiment pas ce qu’on attend de Total.


Pour les femmes et les hommes de Total, cette adaptation, même inéluctable,  est parfois difficile à vivre ?

Tout d’abord, il faut rappeler que lorsque nous devons fermer un site, nous ne procédons à aucun licenciement.  Ensuite, je  vous le répète : le raffinage fait partie de notre métier et nous y croyons. Si en Europe nous ne pouvons pas le développer, ce qui ne signifie pas, j’insiste, que nous devons en partir, tournons-nous vers d’autres zones. Je suis désolé pour ceux qui pensent que Total se développe à Jubail, en Arabie Saoudite, parce qu’il ne veut pas le faire en France. L’explication est tout autre : à Jubail, il y a du pétrole et nous sommes à proximité des grands pays consommateurs d’Asie..